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samedi 18 octobre 2014

Contes et légendes : La légende du ruisseau Giai Oan dans la montagne de Yên Tu

Le ruisseau Giai Oan se trouve dans la montagne sacrée de Yên Tu dans la province de Quang Ninh, au nord du Viêt Nam, dans la région frontalière avec la Chine.
La légende veut que quelque 300 femmes du roi Tran Nhan Tong se soient suicidées de chagrin après avoir échouées de le convaincre de retourner sur le trône alors qu’il était devenu bouddhiste.



Les histoires de fantômes sont partout dans les montagnes sacrées de Yen Tu dans lesquelles le roi Tran Nhan Tong s’est réfugié pour fonder le groupe bouddhiste zen Truc Lam après avoir battu deux invasions mongoles et avoir confié le trône à son fils, Tran Anh Tong.

La légende raconte que le fils de l’empereur envoya des centaines de femmes et concubines de son père pour le convaincre de revenir vers son trône et le monde matériel. Quand il a refusé, des centaines de ses femmes se jetèrent dans le ruisseau Giai Oan pour montrer leur loyauté au roi.

Des téléphériques descendent désormais de la montagne, qui abrite à la fois un monastère fonctionnel et un restaurant végétalien kitsch avec un groupe en costume. Tous les visiteurs arrivent, en quelque sorte, dans l’espoir de profiter du sens sacré du mystère qui pèse lourdement dans l’atmosphère brumeuse de la montagne.

Thuy, un guide à Yen Tu, a indiqué que le passage où les épouses du roi se sont soi-disant suicidées fait désormais environ 30 mètres de large, mais a pour habitude d’être beaucoup plus vaste, en particulier pendant la saison des pluies.

De nos jours, de grosses pierres et des galets s’avancent dans l’eau peu profonde et les touristes peuvent facilement marcher le long d’une courte section de la rivière où les touristes se lavent fréquemment les mains et les pieds et tente un pari avec l’univers mystique en chapardant quelques pierres.
Thuy indique qu’il y a parfois des voyants et des événements spéciaux du type spiritisme dans la zone. Pendant le reste du temps de l’année, il n’y a que le bruit de l’eau se précipitant vers les arbustes et les arbres de la forêt primitive.



Yen, une religieuse à la pagode Giai Oan, a déclaré qu’elle ne pouvait pas se rappeler combien de personnes elle avait vu venir ramener des pierres à la rivière : "Personne ne peut prendre des pierres dans le ruisseau Giai Oan sans le consentement de la Bach Mau" dit-elle. Bach Mau (les mères blanches) est une manière respectueuse de référence aux épouses décédées du roi.

Un gros tas de pierres taillées et polies se trouvent près de la pagode Giai Oan; Yen a dit qu’elles provenaient toutes des entrepreneurs en herbe qui les avaient renvoyés après avoir été frappé par la malchance.
"Ils pensaient que dérober des pierres du ruisseau leur apporterait de la chance, mais ils avaient tort. Chaque caillou dans ce ruisseau est dit être possédé par l’esprit des femmes du roi. Il est impossible de les ramener chez vous" indique Yen.

Les habitants de la commune de Thuong Yen Cong située près de la montagne Yen Tu peuvent tous vous raconter l’histoire des cinq femmes survivantes du roi.
La Thi Thuy, une femme Dao du hameau de Nam Mau a indiqué que le nom du hameau, qui signifie cinq mères, se réfère aux femmes épouses du roi qui ont été sauvées et qui se sont mariées à des hommes de la minorité ethnique des Dao.

"Alors que des centaines de femmes du roi se sont jetées dans le ruisseau, cinq hommes Dao ramassant du bois ont réussi à sauver cinq femmes avec qui plus tard, ils sont mariés" indique Thuy.
Lorsque ces cinq femmes sont mortes, les populations locales ont construit un temple pour prier pour elles dans la commune de Thuong Yen Cong.

La légende veut que les gènes des belles épouses du roi vivent dans les célèbres femmes du hameau de Nam Mau dont la plupart sont remarquablement grande, pâle et belle.
Tran Manh Hoa, un responsable local, a indiqué qu’il connaissait la légende, mais qu’il ne savait pas si les Dao de Nam Mau étaient véritablement les descendants des épouses du roi :
"Il n’ya pas de preuves enregistrées de cela, cela dit, la beauté des femmes ici est incontestable", conclu-t-il.





jeudi 2 octobre 2014

Contes et légendes : La jeune fille sans os

Au tout début du XXème siècle, au village Phan-ri, port dans la province de Binh-Thuan, naquit dans une famille de pêcheurs une fille qui n'avait pas d'os. Elle avait un teint d'un blanc de coton, une mine très intelligente, des lèvres vermeilles, des cheveux très abondants et d'un noir luisant. Mais ses membres étaient mous et elle était incapable de se déplacer.La prenant pour un démon incarné dans sa famille, son père l'injuriait et la menaçait souvent. Par contre, sa mère l'aimait et la protégeait. Elle attribuait à ce cinquième enfant toutes les bonnes choses qui arrivaient.

La fille sans os fut installée dans la cuisine réaménagée afin de la soustraire aux regards curieux et de ceux qui venaient acheter du poisson.

Jusqu'à cinq ans, la fillette ne parla jamais, ni ne rit, ni ne pleura. Elle ne réclamait jamais rien. En grandissant, sa chevelure s'allongea et s'enchevêtra pour ressembler de plus en plus à un "nid de corbeaux". Un jour, immobile sur son lit, alors que personne ne la surveillait, ne parlant jamais, sa mère revint du marché avec de la viande de porc. La fille sans os sortit alors sa langue, qui s'allongea de cinq ou six mètres, attrapa la viande et la dévora.

La famille cherche alors la viande partout. Ils crurent que c'était un chat ou un chien qui était responsable, puis soupçonnèrent un visiteur étranger. Mais après deux autres pertes, la mère fit le guet. Lorsqu'elle vit sa fille sortir sa langue, elle s'évanouit. Mis au courant, le père, pris de colère, entra et frappa sa fille. Elle ne laissait paraître aucun sentiment : ni mécontentement, ni tristesse, ni pleurs !

Tout cela inspira une grande crainte à sa famille. Aucun voisin n'osait entrer chez eux, ni prononcer son nom, de peur de sa vengeance. Les domestiques l'avaient en horreur. Seule sa mère venait la voir dans sa chambre.

La nuit, sans que personne ne s'en doutât, elle sortait. Elle ressemblait à une personne normale. Quand quelqu'un passait, elle l’interpellait par son nom. Ne se doutant de rien, la personne qui lui adressait la parole roulait à terre en poussant des cris d'écorchés vifs. Elle ricanait. Mais dès que les voisins arrivaient, elle avait disparu. A chaque fois qu'un tel incident survenait, elle était corrigée.

Bien que son père la martyrisa, elle annonçait à son père où la pêche serait bonne, ou là où un typhon apparaîtrait. Au début, son père ne croyait pas à ses prédictions. Mais lorsqu'elles se furent vérifiées, il ne fit plus rien sans la faire consulter par l'intermédiaire de sa mère. C'est ainsi qu'ils devinrent assez riches au bout de deux ans.

A l'âge de douze ans, elle continua à vivre ainsi. Elle restait couchée le jour, et sortait parfois taquiner les voisins la nuit. Avec le temps, on finit par la trouver inoffensive et on tint même de petites conversations avec elle, mais sans s'approcher tout de même.

Une nuit, elle dit à sa mère :
"Immortelle vivant au Ciel, j'ai commis une faute. J'ai été exilée sur la terre par la Cour Céleste. A présent, ma peine est purgée. Permettez-moi de faire mes adieux à vous et à mon père avant de réintégrer mon trône."

A ces mots, elle se prosterna quatre fois devant sa mère, puis se recoucha. Elle rendit alors le dernier soupir.



vendredi 22 août 2014

Contes et légendes : La femme qui accoucha de serpents

Sous la dynastie des Ly (1010-1024) vivaient au village de Chi Chau, canton de Thuong Nhut, district de Thach Ha, province de Ha tinh, les époux Tran the Vinh et Nguyen thi Thoai. Ils n'avaient pas d'enfants malgré quinze années de mariage. Dans l'année des quarante ans du mari, à l'occasion d'une très forte pluie tombée durant toute la journée, la femme recueillit dans une jarre l'eau qui dégoutait du toit pour le boire.

Vers la quatrième veille de la même nuit, une étoile tomba du ciel dans la jarre. Les deux époux décidèrent de n'en parler à personne et gardèrent pour eux seuls l'eau de la jarre.Un mois après, la femme tomba enceinte. Mais ce ne fut qu'au bout de trois ans qu'elle accoucha ! Les voisins déclaraient au mari que sa femme était atteinte de paludisme ou d'hydropisie. Il la fit soigner pendant des années par des médecins, et même par des sorciers, mais rien ne changea. Pourtant, elle ne ressentait aucune douleur.

Mais le premier jour de la quatrième année, la femme « accoucha » de trois oeufs bleus ! Stupéfait, le couple n'osa en parler aux voisins et cachèrent les oeufs dans un coin de la maison. Dix mois après, il en sortit trois serpents long chacun de trois thuoc tay (distance équivalente à la distance entre le bout du majeur et le coude). Le premier avait la tête rouge et le corps bleu, le second la tête bleue et le corps tâcheté, et enfin le troisième la tête noire et le corps blanc. Ils grandirent à une rapidité surprenante.

Le serpent à tête rouge suivant partout Tran the Vinh. Mais un jour, en coupant de mauvaises herbes, il coupa accidentellement sa queue. Pris de peur, il accoura chez lui. Le serpent essayait de le suivre.
Mais il se métamorphosa en un jeune homme d'une taille de dix thuoc et dit à ses parents : "Mes deux frères et moi sommes des mandarins de la Cour Céleste. Ayant commis des fautes, nous avons été condamnés à nous incarner en hommes pour servir le pays. Notre métamorphose devait avoir lieu aujourd'hui. Je vous fais mes adieux pour rentrer au Ciel manifester ma puissance en faisant tomber le vent et la pluie. Quant à mes deux frères, ils resteront sur terre pour se mettre au service de l'Empereur"

A ces mots, il appela ses deux frères, leur ordonna de se transformer en humains, et leur demande de se présenter aux concours à la Cour Royale. Puis il s'envola vers les cieux.
C'est ainsi que tous deux furent nommés généraux et chargés du commandement des marches frontières de Quang Nguyen et de Nghe An.

A cette époque, les chinois envahirent le pays pour s'emparer de l'or et de l'argent du Quang Nguyen et de l'ivoir et de la cannelle du Nghe An. Mais les forces chinoises furent battues par les deux frères. Ils furent alors promus généraux en chef et reçurent le commandement de toutes les forces armées. Après leur mort furent érigées des temples dédiés à leur culte. De fréquentes apparitions miraculeuses eurent encore lieu jusqu'à la fin du règne des seigneurs Nguyen.



samedi 9 août 2014

Contes et légendes : Muc Kiên Liên

Il était une fois une dame méchante au nom de Thanh Dê. Elle était impitoyable envers les pauvres et surtout envers les mendiants. Elle ne faisait jamais aumône et chassait tout mendiant qui se présentait au portail de sa maison.

Elle n'hésitait à piétiner des grains de riz, recueillis par les pauvres paysans s'échinant à longueur d'année sur leurs terres. Elle se moquait des bonzes et des bonzesses en cherchant à rompre leur quiétude. Elle blasphémait Bouddha, méprisait les esprits et offrait à la pagode des victuailles de jeûne auxquelles elle avait mêlé des aliments carnés.

Malgré les conseils de son fils Muc Kiên Liên qui fut un bonze de haute vertu, elle ne l'écoutait guère. A sa mort, elle rejoignit le Royaume des Morts et dut payer ses fautes commises dans le monde des vivants: s'asseoir sur un lit à clous, porter sur la tête un seau rempli de sang, rester affamée et assoiffée car tout aliment qu'on lui mettait dans sa bouche se fondait en sang et se muait en flamme.

Muc Kiên Liên, une fois l'illumination atteinte, put descendre dans le Royaume des Morts pour voir sa mère. Il fut témoin des châtiments qu'elle encourut. Il ne put rien pour changer le cours justicier du décret céleste et ne put pas non plus se substituer à sa mère. Il fut obligé d'aller voir Bouddha et demanda grâce à ce dernier.
Celui-ci lui ordonna d'organiser au 15ème jour du 7ème mois lunaire, la cérémonie de Vu Lan, au cours de laquelle il pourrait solliciter la remise de peine pour sa mère avec les prières et l'aumône. De retour sur terre, Muc Kiên Liên, le jour venu, dressa un autel en hommage à Bouddha tout en faisant aumône et cérémonie bien austère et fervente.

Thanh Dê, dans le Royaume des Morts, prit conscience de la souffrance comme elle fut sensible à la faim et à la soif. Les difficultés qu'elle rencontrait l'amenaient à se départir au fur et à mesure de sa nature méchante et à connaître le remords. La piété de Muc Kiên Liên remua la porte du Ciel.

Le père céleste réexamina le cas de Thanh Dê, constata qu'elle avait pu se répentir et l'acquitta. Il fut permis à Muc Kiên Liên de descendre dans l'enfer ramener sa mère à la vie. Depuis lors, Thanh Dê, de tout cœur, honora Bouddha, respecta les bonzes, secourut les pauvres.

En s'inspirant de cet exemple, les enfants pieux, selon la coutume vietnamienne, au 15ème jour du 7ème mois lunaire, érigent un autel à la mémoire des défunts et font aumône aux pauvres.

C'est ainsi que la fête du Vu Lan devient la fête des Mères pour les Vietnamiens.





jeudi 10 juillet 2014

Conte et légende : Le Génie Giong

Sous le règne du sixième roi de la dynastie Hung, le Royaume du Sud connut de durs moments. Les agresseurs (AN) brûlaient sas pitié villages et villes, saccageaient champs et potages. Personne ne pouvait leur résister. Rien ne pouvait arrêter ce flot meurtrier.

Lamentations et les appels à l’aide montèrent jusqu’au Ciel. L'empereur céleste fut pris de compassion pour ce peuple souffrant; il convoqua le Génie de la fondre, Set, et lui parla ainsi: "Il est temps que tu paies tes dettes et répares les dommages que tu as causés aux hommes. Envoie ton fils sur la terre, afin qu’il sauve ce royaume".

Cette nuit-là, l'empereur apparut en songe au roi Hung Vuong et lui commanda de chercher à travers le pays, un héros capable d’affronter l’ennemi et de sauver la patrie.

A la même époque, dans un village qui s’appelait alors Kedong, vivait une femme qui, n’était plus jeune, mais encore célibataire. Un jour où elle sarclait ses plates-bandes, elle découvrit un empreinte de pied gigantesque. Elle posa son pied dessus. A peine avait–elle fait le geste qu’elle sentit un éclair de feu la parcourir tout entière. Peu de temps après, elle donna naissance à un fils, qu’elle baptisa Giong. L’enfant grandit normalement. Pourtant, il ne riait pas, ne gazouillait pas comme le font les nourrissons.
A trois ans, il, n’avait encore jamais prononcé le moindre mot. Il passait ses journées allongé sans bouger. Un Jour, les envoyés du roi sur le chemin de chercher un héros pour sauver la patrie, arrivèrent dans le village de KeDong! Dès que leurs trompettes retentirent, Giong se leva brusquement et dit: "Maman, fait venir les envoyés du roi!"

Stupéfaite, la mère courut les chercher: "Retournez sur le champ à la cour et dites au roi qu’il me faut un cheval de bronze géant" ordonna le petit graçon au messagers absourdis, "qu’il me fasse aussi forger une armure robuste, un casque de fer et une épée bien affûtée. Avec cela, j’anéantirai l’ennemi!"

L’envoyé royal n’osa rien répliquer. Il sauta en selle et galopa sans s’arrêter jusqu'à la Cour. Quand le roi fut mis au courant des exigences du garçon, il se souvint de son rêve, il convoqua aussitôt ses ministres et ses mandarins pour les informer de l’affaire et leur demander de faire ce que le garçon avait demandé.

Quand à Giong, du jour où il avait parlé pour la première fois, il s’était mis à grandir d’une façon extraordinaire. Il mangeait beaucoup. Les habits neufs que sa mère lui confectionnait le matin craquaient le soir même aux coutures. Depuis longtemps déjà, la pauvre femme n’avait plus assez de riz pour le nourrir, ni d’étoffe pour le vêtir. Mais du village entier, et bientôt de tous les environs, des gens vinrent apporter le peu qu’ils avaient à ce garçon hors du commun.

Le cheval et l’équipement furent envoyés à KeDong. Dès que Giong tapota légèrement le dos de sa monture, celle-ci s’effondra comme un tas de sable. On lui envoya la deuxième, peu de temps après, bien que plus grande et robuste que la première, la seconde ne résista pas mieux au poids du jeune homme. Quand il voulut essayer l’armure, les plaques métalliques sautèrent de tous les côtés. Effarés, les messagers retournèrent à la cour et racontèrent au roi ce qui s’était passé. Le roi ordonna de faire fondre tous les tambours, tous les gongs, toutes les cloches de bronze.
Aux quatre coin du pays, le jour comme la nuit, le peuple forgeait, les flammes des forges rugissaient, la sueur coulait à flots. Enfin le travail fut achevé. Le héros sortit de chez lui, coiffa le casque, enfila son armure et se mit en selle, son fouet en fer à la main. Tout de suite, le cheval de bronze prit vie: il poussa un hennissement retentissant, et des flammes sortirent de ses naseaux. Giong salua tout le monde, piqua des éperons et s’envola au beau milieu des ennemis.
Il pourchassait de sa fureur tous ceux qui avaient dévasté son pays. Quand le fouet se rompit à son tour, il arracha des bambous et acheva ainsi d’anéantir les troupes ennemis. Le héros repartit au grand galop vers les monts Socson, où Il se dépouilla de son armure et parcourut du regard ce pays qu’il aimait. Enfin Il sella son cheval et murmura avec émotion "Bonne chance, mon Royaume du Sud!" et il remonta dans le Ciel.

Le roi fit édifier le village rebaptisé Phu Dong un temple en l’honneur du sauveur de la patrie, et Giong se vit décerner le titre de Prince céleste de Phu Dong. Ce temple existe de nos jours et l’on vient toujours admirer en ce lieu les traces laissées par les sabots du cheval de bronze, traces qui sont devenues avec le temps une série de petits lacs circulaires. Quand aux bambous qui poussent dans cette région, ils paraissent roussis par des flammes, les flammes qui sortaient jadis des naseaux du cheval. Depuis lors, chaque année, une grande fête célèbre la victoire du héros Giong le neuvième jour quatrième mois lunaire.





dimanche 6 avril 2014

Contes et légendes : La légende de la citadelle de Co Loa

Co Loa ou la citadelle de l’Escargot se trouve à seize kilomètres au Nord de l’actuel Hanoi. C’est le plus important vestige de l’histoire du Vietnam. En 257 avant notre ère le roi Thue An Duong a conquis le Van Lang des rois Hung et transféré la Capitale vers la plaine.

La construction de la Citadelle n’a pas été facile, comme le raconte la légende. Les murailles solidement construites le jour s’enffondraient la nuit sous l’effet d’orages inhabituels.
Le Génie de la Tortue d’Or est alors venu aider le roi à la construire. Or, à l’endroit où le roi avait décidé de construire sa forteresse vivait depuis de mille ans un coq-farfadet.

Il fallait le tuer pour débarrasser le lieu de ses maléfices. Ce coq-farfadet avait la capacité de le transformer en un hibou à six pattes serrant une lettre dans son bec, lorsqu’iil état menacé. Il y a donc un seul moyen de se débarrasser de ses maléfices. C’était de faire tomber la lettre du bec de cet animal, et la saisir à la volée avant qu’elle ne touche pas le sol.

Le Roi An Duong est parvenu à le tuer et aussitôt le farfadet s’est transformé en un hibou à six pattes tenant dans son bec la lettre magique. Alors, la Tortue d’Or, venant en aide du roi, s’est approchée du hibou sous la forme d’une souris et, d’un seul coup, lui a mordu très fort une patte.

Surpris par la douleur, le hibou a poussé un cri terrible et a laissé tomber la lettre. An Duong témoin de la scène s’est alors précipité pour attraper la lettre avant qu’elle ne touche le sol.

Finalement, le roi a pu construire sa citadelle en deux semaines. Consciente des futures menaces auquelles le roi aurait à faire face, la Tortue d’Or lui a offert une de ses griffes magique qui, une fois montée sur une arbalète, deviendrait une arme terrible contre tous les ennemis.



vendredi 28 février 2014

Contes et légendes : La perle

Grâce à l'arc magique offert par un génie, le roi An Dương Vương arriva à défaire l'armée chinoise. Ne pouvant lutter à armes égales avec ce dernier, le général chinois Triệu Ðà dut faire la paix et dépêcha son fils Trọng Thủy à la cour de Âu-Lạc en gage de bonnes relations entre les deux pays.
Trọng Thủy arriva à conquérir le coeur de la fille du roi An Dương Vương et devint ainsi le conseiller intime du roi.

Malgré l'affection et l'amour qu'il portait à sa femme Mỵ Châu , il ne perdait pas de vue la mission dont l'avait investi son père: neutraliser l'arme magique qui permettait d'assurer la suprématie du roi An Dương Vương.
Cet engin miraculeux était bien gardé dans un endroit connu seulement par le roi et sa fille.
Celle-ci, après maintes demandes insistantes de Trọng Thủy, lui montra cette arme magique dont la gâchette était constituée par une griffe de la Tortue d'Or. Profitant d'un moment d'inattention de la princesse, Trọng Thủy réussit à décrocher la griffe de la Tortue d'Or et à la remplacer par une imitation similaire.

Puis, peu de temps après, il prétexta la mauvaise santé de son père et demanda au roi de lui permettreAvant son départ, il demanda à sa femme "Comment nous retrouver en cas de séparation brusquée?". "Tu peux me repérer facilement car en cas d'urgence, je jetterai sur mon passage, les duvets blancs de mon manteau, lui répondit-elle".

Ayant convaincu que l'arme magique ne possédait plus les vertus dévastatrices, le général chinois se lança à l'attaque du royaume Âu-Lac. Toujours confiant en la puissance de son arc magique, le roi An Dương Vương alla chercher son arme pour détruire les ennemis.
Ayant constaté que l'arme était détraquée, le roi prit la fuite en sautant sur son cheval et en emmenant sa fille en croupe en direction de la mer.

Arrivé près du rivage, il s'écria "Génie de la Tortue d'Or, venez à mon secours". Celui-ci apparut aussitôt et pointa son index vers le roi en disant " L'ennemi est derrière vous, sur la croupe du cheval".

Le roi se retourna, vit sa fille avec la traînée de plumes blanches semées sur la route qu'il avait suivie. Furieux, il sortit son épée, tua Mỵ Châu et suivit le génie de la Tortue d'Or dans la mer.

Guidé par les plumes d'oie, Trọng-Thủy vit le corps de sa femme morte sur la plage. Le sang qui s'en échappait fut ingurgité par des huîtres et se transforma en des perles. Désespéré Trọng-Thủy ramena le corps de sa femme à Cổ-Loa et se suicida en se jetant dans un puits près de la tombe de Mỵ-Châu.





mercredi 12 février 2014

Le gâteau de riz gluant - Sự tích bánh Chưng bánh Dầy

Le fils du premier roi Van-Lang, le Viêt-Nam d'autrefois, régnait sous le nom de Hùng-Vuong. Il avait trois épouses, chacune d'elles donnant naissance à un garçon.
Le fils de la première, Long, épousa Kim, orgueilleuse et jalouse. Le fils de la seconde, Hô`, épousa Ngoc, méchante et acariâtre envers son mari. Le fils de la troisième décédée, Van, vivait avec sa grand'mère maternelle et s'occupait des travaux agricoles. Il pratiquait la culture sur brûlis, cultivait les légumes ou allait pêcher aux heures de loisir.
La grand'mère maria Van à Xuân, une demoiselle sage et laborieuse du village. Le couple menait une vie modeste mais heureuse.

Un jour, convoqués par le roi, ils devaient vendre leurs deux buffles pour préparer le voyage. A la cour, ils virent leurs aînés et leurs épouses habillés élégamment et parés de bijoux. Van et Xuân se sentaient confus.
Tout le monde se moquait d'eux en leur reprochant de se présenter au roi sous une simple apparence. Par contre, le roi se montrait affectueux pour Van, orphelin de mère.
Accablé par la vieillesse et en règne depuis 50 ans, le roi voulut céder le trône à celui qui pût préparer les mets les plus savoureux. Les épouses des deux grands, confiantes de leur talent, rivalisaient pour gagner le trône à leur mari.
Seuls, Van et Xuân étaient très inquiets car ils étaient très pauvres.

Une nuit, dans un songe, Van vit sa mère qui lui fit savoir qu'il serait l'élu du trône. Il lui suffisait de faire un gâteau de riz gluant, en forme de carré avec de la viande, de la graisse au milieu pour symboliser le cœur.
Le gâteau carré représentait la terre car on croyait à cette époque que la terre était carrée. Van se réveilla et raconta le songe à sa femme. Le couple décida de suivre les conseils de leur mère pour confectionner les gâteaux, puis les faire bouillir dans une marmite en argile cuite.
Au jour fixé, les deux brus Kim et Ngoc offrirent au roi des plats coûteux. Mais ce dernier ne trouva rien d'exceptionnel. Quant aux gâteaux offerts par Van et Xuân, il fut ravi par leur délicatesse et par leur signification.(Il fallait gouverner le pays avec sagesse).
Il combla Van de louanges et le désigna comme son successeur. Pour sa générosité, Van n’hésita à élever au titre de vicomtes ses frères.



Le gâteau de riz gluant (ou Bánh Chưng en viêtnamien) est l'une des friandises traditionnelles des viêtnamiens lors de la fête du Têt. On le sert souvent avec du porc au caramel.





samedi 27 juillet 2013

Contes et légendes : Le chat

Il était une fois un mandarin qui possédait un chat et l’aimait énormément. Il en était si fier, il le trouvait si extraordinaire qu’il décida de le nommer "Ciel".
- Mon chat est si précieux et unique que le nom "Chat" ne lui convient pas. Il n’y a que le ciel qui soit à sa mesure, puisque rien n’est comparable au ciel.
Or, un jour, un ami lui dit :
- Permettez-moi de vous faire remarquer qu’il a une chose plus puissante que le ciel, ce sont les nuages, puisque les nuages peuvent envahir le ciel.

- Vous avez raison, répondit le mandarin. Et je vous remercie de cette remarque pleine de sens. Je vais désormais nommer mon chat "Nuage".

Quelque temps après, un autre mandarin vint prendre le thé à la maison.
- Comment, s’écria-t-il, vous appelez "Nuage" ce magnifique animal ? Mais il existe une chose bien plus forte que les nuages : c’est le vent qui les chasse.
Dès lors, son maître nomma "Vent" le bel animal.
Une semaine ne s’était pas écoulée que le maire de la ville, invité chez le mandarin, aperçut le précieux animal.
- "Vent", dit-il, c’est un nom bien indigne. Le vent trouve facilement son maître puisqu’un mur peut l’arrêter.
- En effet, répondit le propriétaire du chat. Désormais, mon animal s’appellera "Mur".
Un peu plus tard, un étudiant qui travaillait chez le mandarin fit remarquer respectueusement au seigneur qu’une souris était capable de vaincre le mur.

- Cher maître, si je puis me permettre, il semble bien qu’une simple souris peut venir à bout de n’importe quel mur. Elle le mine en perçant des trous. Aussi petite soit-elle, elle est capable de grande chose puisqu’elle l’affaiblit et le détruit petit à petit.

- C’est vrai, reconnut le mandarin. Je vais donc appeler mon magnifique chat "Souris".
Vint alors à passer le petit garçon du jardinier.
- "Souris" ! s’écria-t-il en éclatant de rire. Mais il y a quelqu’un de bien plus puissant que la souris, c’est le chat qui l’attrape et la mange !

Le mandarin comprit alors sa vanité.
Désormais, il nomma l’animal tout simplement : "Chat".






samedi 13 juillet 2013

Contes et légendes : Le Génie de la Pluie et la Grenouille

Parmi des écueils désolés, au bord de la mer, vivait dans une profonde caverne le Génie de la Pluie, le dragon Mua. L'Empereur du Ciel lui avait donné pour tâche d'arroser la terre. Dès que le niveau des rivières et des fleuves baissait, que l'eau disparaissait des rizières et que le sol durcissait, Mua sortait de sa grotte, se penchait sur le miroir de la mer et buvait à n'en plus finir. Puis il prenait son envol, et recrachait cette eau sous forme d'une pluie bienfaisante partout où le besoin s'en faisait sentir.
Malheureusement, Mua était fort capricieux et paresseux de surcroît. S'il décidait soudain qu'il n'avait pas envie d'aller plus loin, il pouvait déverser d'un seul coup toute l'eau qui lui restait sur une région qui n'en manquait pas, et provoquer ainsi des inondations. Plus grave encore, il lui arriva une fois de ne pas mettre le nez dehors durant des semaines.
La terre fut bientôt aussi dure que de la pierre, plantes et animaux souffrirent terriblement. Mais alors que toutes les bêtes se résignaient déjà à mourir de soif, la grenouille refusa de subir ce triste sort, elle décida d'aller trouver l'Empereur du Ciel et de se plaindre à lui des négligences du Génie de la Pluie.

En chemin elle rencontra d'abord le crabe, puis le renard, l'ours, le tigre et pour finir l'abeille. Ils essayèrent tous de la faire renoncer à son projet : le voyage était périlleux, et qui pouvait assurer qu'il servirait à quelque chose ? Mais la grenouille était tenace : ce fut elle qui réussit à les convaincre.
" Pourquoi attendre sans rien faire que la mort nous emporte ? " leur dit-elle. " Si vous m'accompagnez, nous serons plus nombreux et nos réclamations auront plus de poids auprès de l'Empereur du Ciel. "
Les animaux en convinrent et se joignirent à elle. Ensemble, donc, ils arrivèrent au palais céleste. Devant le portail se trouvait un grand tambour. Quiconque estimait que l'injustice régnait dans le ciel ou sur la terre avait le droit de s'en servir. Mais avant que les plaignants ne commencent à taper dessus, la grenouille les arrêta.
"Qui sait quel accueil nous allons recevoir ? " dit-elle à ses amis. "Il serait plus prudent que vous vous cachiez à proximité et que vous sortiez quand je vous ferai signe."

Le crabe se traîna jusqu'à une petite mare près de la porte, l'abeille se faufila sous le seuil, le renard, l'ours et le tigre se cachèrent derrière les épaisses colonnes de l'entrée. La grenouille hocha la tête, satisfaite, et frappa le tambour de toutes ses forces. Il s'avéra aussitôt qu'elle avait eu raison de se montrer prudente : l'Empereur du Ciel et les autres divinités étaient en voyage et ce fut le Génie de la Pluie, Mua en personne, qui apparut à la fenêtre. Las de s'ennuyer dans sa caverne, il était venu faire un petit séjour à la Cour céleste et attendait là le retour de ses divins confrères.
" Qui ose troubler ainsi mon repos ? " gronda-t-il, avant d'ordonner au garde d'aller voir ce qui se passait.
Le garde courut à la porte et revint sur le champ. " C'est la grenouille, Votre Grâce. Elle veut se plaindre à l'Empereur du Ciel que vous ne faites pas votre travail. " " Quelle insolence ! " s'écria le Génie de la Pluie. " Non contente de tambouriner à m'en crever les tympans, elle a encore l'audace de venir plaider contre moi ? " Et la grenouille tambourinait vraiment comme une endiablée, car elle espérait que l'Empereur du Ciel l'entendrait et reviendrait au palais.
Or c'était précisément ce que Mua voulait empêcher à tout prix... Il commanda donc au coq céleste de voler jusqu'à la porte et de becqueter cette effrontée jusqu'à ce que mort s'ensuive. Le coq aiguisa ses ergots et s'en alla exécuter sa mission. Alors la grenouille fit vite un petit signe au renard, et en un tournemain le malheureux coq se retrouva tout piteux devant le dragon : de sa belle queue multicolore, il ne lui restait plus que quelques plumes éparses.

" Hum, il s'agit là d'une drôle de grenouille, apparemment ! " bougonna Mua d'un ton furieux. " Elle est assise devant la porte, et il lui suffit de s'enfler pour que le coq céleste perde ses plumes ? Non, mais ! Je vais lui montrer qui commande ici, et lancer le chien céleste à ses trousses ! "
Cette fois-ci, la grenouille fit signe à l'ours.
Dès que le chien s'approcha, le gros animal surgit de derrière son pilier et lui donna de ses pattes griffues une accolade que l'animal céleste n'oublierait pas de sitôt... Son travail accompli, et le chien parti en trombe, l'ours réintégra sa cachette comme le renard l'avait fait avant lui. " Je vais enfin pouvoir me reposer en paix ! " se disait au même moment Mua, satisfait. Mais un coup d’œil par la fenêtre lui prouva à quel point il se trompait : le chien céleste revenait, l'échine hérissée et la queue entre les pattes, tandis que la grenouille se gonflait au maximum pour reprendre son concert.

" Garde ! " vociféra le dragon. " Vas-y toi-même et règle son compte à cette impudente ! "
Le garde s'inclina, empoigna une lourde lance et prit la forme d'un serpent de feu pour aller jusqu'à la porte. Sur un signe de la grenouille, l'abeille vola hors de sa cachette et le piqua à l’œil. Le serpent hurla de douleur, si fort que les piliers de pierre qui soutenaient le palais céleste en tremblèrent.
" Ah ! Le garde pousse son cri de victoire ", se dit le dragon. Mais le malheureux avait bien autre chose à faire : il voulut rafraîchir son œil enflé dans la mare. Le crabe sauta sur l'occasion et se mit à pincer tout ce qui était à sa portée ! Alors le pauvre garde se remit à hurler au point d'en ébranler les murs.
" Ce n'est qu'une victoire sur une grenouille ordinaire ! Il la fête un peu bruyamment à mon goût ", songea le dragon.

Devant la porte, le garde essayait de retrouver la terre ferme pour se sauver. Mais avant qu'il ait pu essuyer l'eau qui l'aveuglait, l'ours et le tigre se jetèrent sur lui. Le malheureux ne savait plus ce qui lui arrivait : où qu'il allât, où qu'il se tournât, ce n'étaient que morsures et piqûres, pincements et coups de griffes. Car le renard et l'abeille, bien entendu, n'entendaient pas demeurer en reste ! Et quand, par-dessus le marché, il entendit la grenouille crier : " Bon, à présent donnez-moi mon bâton, que je lui apprenne à vivre ! " il détala comme une flèche vers le palais. Le Génie de la Pluie était justement à la fenêtre.
Ce qu'il vit figea son sang de dragon dans ses veines : le garde revenait en courant comme un fou, à demi-aveuglé, les traits déformés par la terreur. Et derrière lui, sur le seuil du palais, la grenouille s'enflait et coassait : " Si le Génie de la Pluie ne se remet pas sur le champ au travail, il va voir ce qu'il va voir ! "
Et boum, boum, boum ! le tambour retentit à nouveau dans un vacarme assourdissant.
" Que se passe-t-il donc ici ? " lança soudain la voix tonitruante de l'Empereur du CieL " Qui endure une injustice à ce point insupportable que la voix du tambour m'ait fait revenir de l'autre bout du monde ? " " C'est moi qui ai tambouriné ", avoua courageusement la grenouille. Et elle expliqua sans détours au Maître du Ciel les raisons de sa plainte. L'Empereur fronça les sourcils, mécontent, et jeta un regard sévère au Génie de la Pluie. Celui-ci s'était fait tout petit ; s'il l'avait pu, il se serait volontiers changé en un minuscule lézard afin de disparaître dans la première fente venue.
" Redescends tout de suite et exécute ta mission ! " lui ordonna son Maître. " Et quand tu auras terminé, reviens me trouver pour subir ton châtiment ! "

Le dragon Mua s'envola donc, et la Divinité suprême put alors mesurer les dégâts causés par la grenouille et ses amis. Le garde, le chien et le coq célestes n'étaient vraiment pas beaux à voir... "
Je dois reconnaître qu'une grande injustice s'est produite dans le ciel et sur la terre ", déclara l'Empereur, se tournant vers la grenouille. " Si Mua, à l'avenir, se montrait coupable d'autres négligences, ne te donne pas la peine de revenir ici. Contente-toi de coasser très fort, cela suffira. Le Génie de la Pluie se souviendra aussitôt de ce qu'il a à faire. "
La grenouille le remercia et s'en retourna chez elle avec ses amis. Quant à Mua, il fut sévèrement puni : dès qu'il eut fini d'arroser la terre, il rentra dans sa caverne où quatre démons s'emparèrent de lui. Alors le coq céleste se mit à le picorer de son bec pointu jusqu'à ce qu'il ne lui restât plus le moindre bout de peau en bon état.

Depuis lors, quand il fait trop sec, les grenouilles n'ont qu'à coasser : le Génie de la Pluie en a aussitôt la chair de poule et s'empresse de se remettre au travail. Et si un jour, malgré tout, sa paresse reprenait le dessus, ce serait l'Empereur du Ciel en personne qui le rappellerait à l'ordre... car il n'a pas la moindre envie de recevoir une nouvelle visite de la grenouille. Depuis ce temps-là aussi, les hommes vénèrent les grenouilles. Et certains prétendent même qu'elles sont apparentées à l'Empereur du Ciel.





samedi 29 juin 2013

Contes et légendes : La méprise

Il était une fois un couple qui vivait dans un bonheur parfait. Ils venaient juste d'avoir un bébé quand la guerre éclata. Le mari fut mobilisé et envoyé au front. Jour et nuit la femme attendait le retour du mari en puisant sa force dans la présence de son enfant . Celui-ci grandissait et commençait à parler. Un soir, un violent orage éclata. Les tonnerres étaient assourdissants et faisaient trembler portes et fenêtres. Pris de panique, l' enfant se mit à hurler. Pour le calmer, sa mère lui montra son ombre sur le mur et lui dit :

- N'aie pas peur, voilà ton père ; il te protégera.

L' enfant regarda un instant l'ombre, puis s'inclina et dit :

- Bonsoir, papa.

Rassuré, l' enfant s'endormit tranquillement.

A partir de ce jour, l' enfant prit l'habitude de réclamer son père et de dire à ce dernier "Bonsoir" avant son coucher, ce qui obligeait la femme à se pencher tous les soirs devant la lampe pour créer l'ombre.

La guerre se termina enfin. Le mari revint à la maison. Il découvrit avec émotion l' enfant qu'il avait quitté quand il était encore un tout petit bébé. Mais, au lieu d' embrasser son père, l' enfant le repoussa avec violence :

- Laisse-moi tranquille, tu n'es pas mon papa. Mon papa ne vient que le soir. Et il ne parle pas.

Le mari, assommé de douleur et blessé dans son amour -propre, était persuadé que sa femme le trompait avec un autre homme pendant son absence. Mais il décida de ne pas l'interroger. Le soir même, il quitta la maison sans rien dire à personne.

Des jours et des mois passèrent, et toujours aucune nouvelle du mari. La situation devenait de plus en plus pénible à vivre, d'autant plus que la femme n'arrivait pas à comprendre le comportement étrange de son mari. Désespérée, elle décida de mettre fin à ses jours en allant se noyer dans la rivière, après avoir confié l' enfant à des proches.

Ayant appris la mort tragique de sa femme, l'homme revint à la maison. Le soir, une fois la lampe allumée, son fils, tout content de voir apparaître l'ombre sur le mur, s'écria :

- Voilà mon papa. Il est revenu !

L'homme comprit alors la terrible méprise. Le lendemain, il emmena son fils au bord de la rivière pour implorer le pardon de sa femme. L'homme lui promit de rester seul jusqu'à la fin de ses jours pour s'occuper de l' enfant et qu'aucune autre femme ne la remplacerait jamais dans son cœur.



dimanche 16 juin 2013

Contes et légendes : Les deux amis

Il était une fois deux amis qui suivaient des cours chez un même vieux lettré du village. Ils étaient inséparables malgré leur différence de caractère. L’un, Luu Binh, était studieux, travailleur, d’un caractère profond. L’autre, Duong Lê, aimait surtout rire, s’amuser, et négligeait les leçons qu’il considérait comme une vraie corvée. Malgré les remontrances du vieux maître et les conseils de son ami, Duong Lê refusait de travailler sérieusement.

Ce qui devait arriver arriva. Aux concours impériaux, Luu Binh fut reçu et nommé sur-le-champ mandarin dans une région située à plusieurs milles du village. Duong Lê échoua et abandonna définitivement les études. Les deux amis restèrent sans nouvelles l’un de l’autre pendant quelques années. Puis un jour, Luu Binh vit arriver dans son palais une sorte de clochard misérable. C’était son ami Duong Lê qui venait demander de l’aide.

Mais Luu Binh le fit chasser sans ménagement, le traitant de fainéant, de paresseux, et de bon à rien. Humilié, rouge de colère, Duong Lê quitta le palais en jurant de se venger de l’homme qu’il avait cru , jusqu’à présent, être son meilleur ami.

Plein de rage, il entra dans une auberge et se mit à boire.

Une jeune femme, belle et distinguée, entra dans l’auberge juste à ce moment-là. Remarquant Duong Lê en train de boire plus que de raison, elle s’approcha de lui et dit :

- Je vois que vous avez une grosse peine. Racontez-moi votre histoire et je pourrais peut-être vous aider.

La douceur de cette jeune femme inspira confiance à Duong Lê qui se mit à lui raconter ce qui venait de se passer, ainsi que son farouche désir de vengeance. A son grand étonnement, Duong Lê se vit offrir une curieuse proposition :

- Je m’appelle Châu Long. J’habite seule dans une grande maison non loin d’ici, dit la jeune femme. J’ai beaucoup de biens et je peux vous aider à réaliser votre vengeance. A une condition, vous allez travailler dur pour réussir aux prochains concours impériaux et devenir un mandarin d’un rang plus élevé que celui de votre ennemi. Ce sera votre vengeance.

Duong Lê accepta la proposition et suivit la jeune femme dans sa villa. A partir de ce jour, il travailla jour et nuit, apprenant, révisant sans cesse, tandis que Châu Long était aux petits soins pour lui.

Après trois ans de dur labeur, le jour du triomphe arriva. Duong Lê fut le premier lauréat des grands concours impériaux et nommé gouverneur d’une grande province.

De retour à la maison, Duong Lê dit à Châu Long :

- J’irai demain au palais de mon ennemi et je serai curieux de voir sa réaction. J’aurai enfin ma vengeance.

Châu Long dit :

- Puisque tu ne seras pas là demain, permets-moi d’aller, dès ce soir, rendre visite à une amie. Je resterai, ensuite, quelques jours avec elle car nous ne nous sommes pas vues depuis fort longtemps.

Duong Lê acquiesça à son désir, et aussitôt Châu Long se prépara à partir.

Le lendemain Duong Lê se rendit au palais de son pire ennemi. Cette fois il fut reçu avec un immense respect et avec toute les honneur dus à son rang. Mais quelle ne fut sa surprise quand il vit Châu Long, elle-même, leur apporter le plateau de thé. Luu Binh regarda son ami et dit en souriant :

- Je crois que vous connaissez Châu Long. C’est ma troisième femme !

Aussitôt Duong Lê comprit toute l’histoire. Il tomba à genoux devant son ami et dit :

- Pardon de t’avoir haï pendant toutes ces années. Tu avais envoyé Châu Long pour me sauver de ma déchéance. Tu as fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Tu es le meilleur ami qui puisse exister. Je te serai éternellement reconnaissant.

Luu Binh releva son ami, puis les deux hommes éclatèrent de rire, sous le regard ravi de Châu Long.

Luu Binh donna alors l’ordre aux domestiques de préparer un grand festin pour fêter ses retrouvailles et pour fêter le triomphe de l’amitié.





dimanche 2 juin 2013

Contes et légendes : L'Ile aux pasteques - Sự tích Dưa hấu

Sous le règne de Hùng Vuong 18, roi de Van Lang au 3è siècle avant J.C., An Tiêm, un des meilleurs sujets du roi, à cause des calomnies, a été condamné à s'exiler sur une île déserte avec sa femme et son fils. Devant l'hostilité de la nature, tout le monde a pleuré sauf lui car il a été convaincu que selon un proverbe du Viêt-Nam, l'eau du ruisseau rejoint la mer mais finit toujours par retourner à la source.
Il commençait à tâtonner l'environnement et à trouver tout ce qu'il fallait pour survivre: de l'eau, des fruits etc... Il arrivait même avec ses mains à fabriquer lui-même une arbalète pour chasser les oiseaux. Un beau matin, en abattant un oiseau, il découvrit que celui-ci était en train de manger un certain fruit dont il ne restait plus des graines, ce qui lui donnait l'idée de les semer.
Grâce à l'arrosage et aux soins apportés par sa femme et son enfant, les fruits commençaient à grossir et à prendre une certaine rondeur. An Tiêm les a nommés "dua hâu" en souvenir du nom de son fils "Hâu".

Plusieurs lunes ont passé depuis leur départ. Cela commençait à provoquer en lui une étrange nostalgie. C'est pour cette raison qu'il décida d'envoyer à ses amis un message en gravant son nom ainsi que celui de sa famille sur l'écorce des pastèques et en jetant ces fruits à la mer. Ceux-ci ont été répêchés par les pêcheurs qui les trouvaient non seulement possèder un goût exquis mais porter aussi des inscriptions de la famille An Tiêm. Ils n'hésitèrent à en offrir quelques unes au roi.
Celui-ci, rongé par le remords et par la fidélité de la famille d'An Tiêm, décida de grâcier An Tiêm et sa famille.






lundi 20 mai 2013

Contes et légendes : Thiếu Phụ Nam Xương - La Femme de Nam Xuong

Autrefois, il y avait un couple qui vivait dans un bonheur parfait. Il venait d'avoir un bébé lorsque la guerre éclata. Le mari fût enrôlé et envoyé combattre aux frontières. Jour et nuit, elle attendait le retour de son mari en puisant toute sa force dans la présence de son enfant.

Celui-ci grandissait et commençait à parler. Un soir, un violent orage éclata. Le tonnerre était tellement assourdissant et faisait trembler les fenêtres et les portes. Pris de panique, l'enfant se mit à hurler. Pour le calmer, sa mère lui dit que son père était là et le protégeait. Elle eut l'idée de montrer son ombre sur le mur en lui disant: "N'aie pas peur, voilà ton père". L'enfant regarda l'ombre et lui dit "Bonsoir, papa".
Rassuré, l'enfant s'endormit. Depuis ce jour, l'enfant eut l'habitude de réclamer son père et de dire à ce dernier "Bonsoir" avant son coucher, ce qui obligea la femme à se pencher tous les soirs devant la lampe pour créer son ombre.

La guerre se termina enfin. Le mari revint à la maison. L'homme découvrait avec tendresse et émotion l'enfant qu'il avait quitté quand il était encore bébé. Au lieu d'embrasser son père, l'enfant le repoussa avec virulence: "Laissez-moi tranquille, vous n'êtes pas mon père. Celui-ci ne vient que la nuit".
Le mari, assommé de douleur et blessé dans son amour propre, crut que sa femme le trompait avec un autre homme et décida de ne pas l’interroger  Il se montra dès lors très froid et distant sans se préoccuper ni de l'enfant ni de sa femme qui continuait à lui témoigner son amour. L'incompréhension incita l'homme à s'en aller un beau jour sans laisser aucune adresse.

Les jours passèrent, la femme inquiète, se posait des questions sur l'attitude de son mari et continuait à attendre son retour. Malheureusement, la tristesse et le désespoir s'emparèrent un beau jour de cette jeune femme. Elle décida de mettre fin à ses jours en se noyant dans la rivière après avoir confié son enfant à ses proches. Ayant appris la mort de sa femme et pris de remords, l'homme revint à la maison. Le soir, lorsqu'il alluma la lampe, son fils content de voir apparaître son ombre sur le mur, s'écria: "Voilà mon papa". L'homme comprit alors sa terrible méprise.

Le lendemain, il emmena son fils au bord de la rivière pour implorer le pardon de sa femme. L'homme lui promit de rester seul jusqu'à la fin de sa vie pour s'occuper de l'enfant et qu'aucune autre femme ne la remplacerait dans son cœur.




lundi 6 mai 2013

Contes et légendes : L'enfant de la morte

Une jeune paysanne fut emportée par la maladie alors qu’elle allait être mère le mois suivant.

Quelques moments avant sa mort, elle regarda longuement son mari, contrairement à sa pudeur ordinaire. L’homme n’hésita pas non plus à se pencher sur sa femme devant tout le monde, et il l’entendit murmurer:
« L’enfant…notre enfant… »
Puis elle s’éteignit.

Le jeune paysan poussa un cri affreux, s’agita désespérément, hurla et sanglota, au grand étonnement de son entourage, qui ne le savait pas capable de manifester une douleur si violente: dans nos campagne, on est habitué aux malheurs, en particulier quand on n’est pas riche.

Il faut surtout travailler dur, on n’a pas le temps de se plaindre et’ le lendemain de l’enterrement de sa femme, notre paysan était déjà derrière son buffle et sa charrue.
Quelques jours plus tard, la vieille femme presque aveugle qui vendait des infusions, du bétel et quelques denrées près d’un ponceau en plein champ, vit venir une femme dont la silhouette ne lui paraissait pas étrangère: elle acheta du miel, pour quelques sapèques. Après son départ, la petite-fille de la marchande lui dit en tremblant qu’elle avait reconnu la jeune morte.

Le lendemain, la femme revint, et elle demanda encore du miel. A une question de la marchande, elle répondit:
« C’est pour mon bébé, car je n’ai pas de lait ».
Sur un signe de sa grand-mère, la petite fille la suivit des yeux et l’aperçut qui s’éloignait dans la direction de son tombeau.

La marchande fit prévenir le mari. Le lendemain, en allant chercher de l’eau, ce dernier s’arrêta à la paillote et attendit. Vers le soir, voyant arriver sa femme, il se précipita au-devant d’elle et lui adressa la parole. Mais elle ne l’écouta pas, et, baissant la tête, s’enfuit. Il se lança à sa poursuite, elle disparut soudain.
Tout en pleurs, il courut comme un fou jusqu'à la tombe et se jeta contre elle avec des hurlements de désespoir. Puis il demeura immobile, prostré, tandis que ses larmes continuaient à couler.
Tout à coup, il crut entendre des cris d’enfant qui sortaient de la tombe. Il y appliqua son oreille et les perçut distinctement.

Il courut chez lui, rapporta une bêche, et se mit à creuser jusqu'au cercueil. Quand il l’ouvrit, il vit un garçon qui remuait faiblement, couché sur le ventre de sa mère, il portait, au coin de la bouche, des traces de miel. Le corps de la femme était froid, mais intact, et il sembla au jeune paysan que son visage calme, apaisé, souriait presque, au lieu d’être douloureusement contracté comme au jour de sa mort.
Il ramena l’enfant chez lui, on l’aida à refermer le cercueil et la tombe.

Il chercha dans le village une femme qui voulût bien allaiter son fils, mais les gens avaient peur et se dérobèrent. Il fut réduit à le nourrir avec de la bouillie de riz pendant quelques jours, puis le cœur compatissant de ses voisines l’emporta sur leur crainte.

L’enfant grandit normalement et sa vie ne présenta rien de particulier dans la suite.
Quant à sa mère, personne ne la revit. Son mari avait beau revenir sur sa tombe et autour de la paillote de la vieille femme, elle ne lui apparut point; pas même en songe; vainement il alla prier au temple, y passa la nuit.

On aurait dit que toute l’énergie de la pauvre femme n’avait réussi qu’à prolonger sa destinée jusqu'au moment où elle avait donné naissance à son fils, puis l’avait sauvé; elle aurait épuisé, dans ces efforts, jusqu'à ce reste de vie qui d’ordinaire permet aux morts de visiter pendant quelque temps le sommeil des vivants.



mardi 23 avril 2013

Contes et légendes : Lê Lợi et l'épée magique



A l'époque de la domination des Ming, il y avait un homme du nom de Lê Lợi habitant le village de Lam-Son, dans la province de Thanh-Hoa. Depuis son adolescence, conscient des souffrances de la population dues aux exactions des occupants, il nourrissait le projet de chasser ces derniers. Il était connu pour sa bravoure et surtout pour son habileté dans le maniement des armes.

Le général chinois commandant de la région voulut l'engager dans ses troupes. Mais Lê Lợi déclina l'offre en se déclarant qu'un gentilhomme se devait de servir son pays plutôt que d'être le serviteur de l'étranger. En secret il rassembla des volontaires, constitua une petite armée et commença à harceler les garnisons chinoises. Ses troupes n'étaient pas entraînées ni bien armées.

A chaque attaque, malgré leur combativité, elles furent repoussées et dispersées par l'ennemi. C'est ainsi que, lors d'une de ces déroutes, Lê Lợi se trouva sur le point d'être capturé par ses poursuivants. Grâce à la complicité d'un vieux villageois, il se fit passer pour un paysan en train de semer du riz, ce qui le sauva.

Un jour, Lê Lợi s'arrêta dans un village de pêcheurs où il comptait des partisans. Dans la hutte où il entra pour se reposer, il remarqua une épée dans un coin. Quand il la prit, elle se mit à briller d'une vive lumière. Il interrogea le pêcheur. Celui-ci lui raconta que lors d'une récente sortie en mer, il avait pris cette épée dans ses filets.
N'en voulant pas, il l'avait rejeté à l'eau, mais chaque fois qu'il remontait son filet, elle s'y trouvait. Pensant que c'était un signe du ciel, il décida de la cacher pour l'offrir au futur libérateur du pays. Ce ne pouvait être que Lê Lợi, vu la manière dont elle venait, pour la première fois, de resplendir. Dès lors, Lê Lợi accumula victoire sur victoire.

Bientôt les occupants furent repoussés hors des frontières. Lê Lợi fut proclamé roi, régna sous le nom de Lê-Thai-Tô et établit la capitale à Thang-Long. Pour fêter son accession au trône et remercier les esprits des Eaux de lui avoir donné l'épée de la victoire, il fit organiser une grande cérémonie sur le lac situé au centre de la capitale. A peine la cérémonie eut-elle commencé qu'une tortue géante apparut et s'adressa au roi :
-Maintenant que Sa Majesté a libéré le pays, elle n'a plus besoin de l'épée.

L'arme sortit de son fourreau, s'envola dans le ciel, se transforma en un dragon de lumière qui ondula quelques instants avec la tortue. C'est ainsi que le lac fut appelé Hô hoàn Kiêm, ou lac de l’épée restituée. Il se trouve toujours au centre de Hanoi, actuelle capitale du Vietnam. Un temple est dédié à la mémoire de l’événement.



mercredi 10 avril 2013

Contes et légendes : Le Génie du Riz



Jadis, les hommes n'avaient pour se nourrir que des racines et des fruits sauvages. La faim et la misère régnaient partout, d'autant que le nombre d’habitants sur la Terre ne cessait de croître et qu'il n'y avait plus, depuis longtemps, assez à manger pour tout le monde.

Quand une année de sécheresse s'ajoutait à cela, la situation devenait dramatique. En ce temps- là, dans un village, vivait un jeune couple. L'homme voyait, avec anxiété, son épouse bien-aimée devenir chaque jour plus pâle et plus faible.

"Nous ne pouvons attendre de mourir de faim sans rien faire", finit-il par déclarer. "Partons d'ici. Peut-être trouverons-nous, ailleurs dans le monde, de quoi nous nourrir."

Ils errèrent longtemps jusqu'au jour où, trop épuisés pour continuer, ils durent s'arrêter.
"Notre dernière heure est arrivée, j'en suis sûre", gémit la jeune femme éplorée en posant sa tête sur l'épaule de son mari.

Au même instant, à quelques pas d'eux, une nuée d'oiseaux se posa sur le sol et se mit à picorer certains grains jaunes qui se trouvaient là. La jeune femme eut une idée.
"Nous devrions peut-être essayer de manger ces grains, nous aussi? Puisqu'ils conviennent aux oiseaux, ils ne peuvent pas nous faire de mal. Et s'ils étaient empoisonnés, nos tourments prendraient fin plus vite!"

Ils cueillirent quelques tiges sauvages et mangèrent les gros grains dorés. C'était du riz. Jamais encore ils n'avaient goûté quelque chose d'aussi savoureux ni d'aussi nourrissant. En un clin d'œil, leurs joues affaissées retrouvèrent leur rondeur, et ils se sentirent tous deux beaucoup plus forts et plus vigoureux qu'auparavant. Alors ils rentrèrent chez eux, apportant aux autres hommes ces grains merveilleux.

Ils les semèrent, et bientôt la famine disparut sur Terre. En ce temps-là aussi, les grains de riz jaunes étaient bien plus gros qu'aujourd'hui. Il s'agissait, en effet, d'un présent des dieux qui avaient eu pitié des hommes dans la misère. Et ce riz prodigieux ne donnait point de peine aux gens : il suffisait de le semer et de tenir la maison propre. Après quoi, le riz rentrait tout seul des champs jusqu'à chez eux, à condition qu'on ait tendu une corde jusqu'à la paillote pour lui permettre de trouver son chemin.

Mais il advint une fois qu'une femme paresseuse, qui n'avait pas fini de balayer sa maison à temps, reçut très mal le riz qui rentrait des champs. Elle se tenait encore sur le seuil, son balai à la main, quand elle le vit arriver. Furieuse, elle lui cria : "Qu'est-ce que tu fais là? Veux-tu bien attendre que j'aie terminé!"

Le riz poursuivit tranquillement son chemin. Alors, la femme lui asséna un coup de balai. Elle n'aurait jamais dû faire une chose pareille. À l'instant où le balai sale toucha les grains immaculés, ceux-ci, de honte, explosèrent en milliers de morceaux minuscules.

Trop tard pour regretter! À partir de ce jour, les hommes attendirent en vain que le riz rentre chez eux de lui-même. Ils durent le cultiver à la sueur de leur front et le soigner de leurs propres mains et l'abreuver d'eau.

Malgré leur travail, ils ne récoltèrent plus que des grains minuscules. Si la pluie se faisait rare, les petites plantes se fanaient, et la faim, de nouveau, s'abattait sur les hommes. Une fois encore, l'empereur du Ciel eut pitié de ces malheureux et leur envoya le génie du riz, le vieux Lua.

Lua apprit aux paysans à semer le riz, à repiquer les jeunes pousses tendres, à aménager des rizières avec des canaux d'irrigation et des diguettes.

Il se montrait bon et patient. Toutefois, en raison de son âge, il lui arrivait aussi d'avoir des lubies. En temps normal, il parcourait les champs de l'aube au crépuscule et veillait à ce que tout soit en ordre. Quand les hommes apercevaient le petit vieux en guenilles qui arpentait les rizières en souriant et en marmonnant dans sa barbe, ils se chuchotaient les uns aux autres : "La récolte sera bonne, il y aura du riz pour tous, puisque Lua garde nos champs!"

Mais quel malheur quand le vieillard se mettait à faire des siennes! Il paradait dans tout le pays, fanfaronnait, chantait à tue-tête et titubait sur ses jambes parce qu'il avait trop bu d'alcool de riz. C'était toujours fort mauvais signe. Les paysans hochaient tristement la tête et murmuraient soucieux : "Lua n'a de nouveau que des bêtises dans la tête, il se moque bien de nos champs!"

Ils s'empressaient alors autour de lui pour essayer de lui plaire et lui portaient des offrandes dans l'espoir de retrouver ses faveurs. La plupart du temps, Lua se laissait fléchir et la paix et la tranquillité régnaient de nouveau dans le cœur des hommes.

N'importe qui, encore aujourd'hui, peut apercevoir Lua en traversant les rizières prospères. Pas sous la forme d'un vieillard d'antan, non, mais sous celle des jeunes pousses vertes qui portent désormais son nom.



vendredi 29 mars 2013

Contes et légendes : Trương Chi - Mị Nương - L'histoire de la voix envoûtante


Il était une fois un puissant seigneur ayant une fille unique s’appelant Mị Nương, elle était très belle. Comme toutes les autres filles de son rang, elle était toujours cloîtrée dans son palais. 
Elle consacrait tout son temps à la peinture, la broderie et à la poésie. Elle se mettait souvent à la fenêtre pour admirer le paysage et regarder l'eau du fleuve qui coulait jusqu'en contrebas. Un beau jour, elle fut séduite par un chant mélodieux et mélancolique qui montait du fleuve. 
C'est la voix d'un pêcheur qui tirait son filet. Elle commençait à prendre l'habitude de l'écouter. Cette voix était si envoûtante qu'elle commençait à bercer son âme jusque-là insensible. C'était comme un rendez-vous qu'elle avait avec ce pêcheur.

Un beau matin, cette voix se tut. Ce silence la rendit malade. Elle fut complètement alitée et aucun médecin n'arriva à déterminer les causes de sa maladie. Puis, un jour, la voix s'éleva de nouveau. 
Ce chant était si mélodieux que Mị Nương reprit ses forces et retrouva sa beauté. Elle redevint heureuse à la grande joie de son père. Celui-ci commença à découvrir la cause de son mal. 
Elle fut replongée dans la léthargie désespérée chaque fois que cette voix se tut. Son père finit par rechercher ce pêcheur qu'on amena auprès de sa fille malade. 
Ce pauvre garçon était tellement laid que cela effraya Mị Nương à sa première vue. De ce jour, le charme de la voix dont l'absence la rendait malade disparut. Elle commença à oublier cette habitude et reprit une vie normale.

Par contre, la vie fut bouleversée complètement pour ce pauvre pêcheur,Trương Chi. Celui-ci menait jusque-là une vie paisible et n'avait aucun souci autre que la procuration journalière de la nourriture. 
Il tomba amoureux de la gracieuse Mị Nương lors de cette rencontre. Il savait que cet amour était sans espoir. Il commença à négliger son travail, tomba malade un beau matin et finit par mourir. Son corps fut enterré au bord du fleuve, à côté d'un arbre.

Un jour, lors d'une crue violente, les berges furent ravagées par le fleuve. Sa tombe fut complètement dévastée. On trouva à cet endroit une boule de jade d'une pureté magnifique. Selon les gens de ce coin, il s'agit bien du corps du pêcheur qui s'était transformé en cette boule. 
Attiré par la splendeur et la beauté de cette boule lors de son passage dans ce coin, le père de Mị Nương réussit à l'acheter à prix d'or. Il fit tailler cette boule en forme de tasse et l'offrit à sa fille lors de son anniversaire. Quand celle-ci y versa du thé, elle vit apparaître au fond de cette tasse l'image de Trương Chi avec sa voix mélodieuse résonant quelque part. 
Emue et prise de pitié, Mị Nương commença à pleurer. Ses larmes tombèrent dans la tasse. Par enchantement, celle-ci se désagrégea et disparut. L'âme du pêcheur fut ainsi libéré de son désespoir grâce à la compassion de Mị Nương. Ainsi se termina l'histoire d'un amour impossible.






samedi 16 mars 2013

Contes et légendes : Le Génie du Vent et le Génie de la foudre 



Parmi toutes les divinités, impossible de trouver meilleure paire d'amis que le Génie de la Foudre, Set, et le Génie des Vents, Gio. Rien de plus normal, après tout, car a-t-on déjà vu un bel orage sans un bon vent bien fort ? Les deux génies étaient connus partout comme de joyeux lurons, qui adoraient jouer toutes sortes de farces aux humains.

Le Génie de Vents était le seul dieu du royaume céleste à posséder son propre palais. Au début, il vivait en compagnie de d'autres divinités dans la demeure de l'Empereur du Ciel. Mais il se montrait tellement insupportable que les autres, très vite, se lassèrent de ses mauvais tours.

"Ecoute, Gio", lui dit un jour l'Empereur du Ciel, "faut-il vraiment que tu souffles sans cesse ? Chacun se plaint ici d'un courant d'air perpétuel."

Gio haussa les épaules et laissa entendre qu'il n'y pouvait rien, mais ses yeux pétillaient d'une joie maligne. L'Empereur continua sa réprimande : "Toutes les déesses rechignent : il paraît que tu les décoiffes et que tu arraches les rideaux. Il semblerait même que tu aies décroché à dessein les rubans qu'elles avaient mis à sécher sur un corde."

Quand Gio se rendit compte que le souverain était sérieux, il promit de faire un effort. Mais ses bonnes résolutions ne durèrent pas longtemps. Un jour qu'il était invité à un repas de noce au palais et qu'il avait bu de bon vin qu'il ne pouvait en supporter, il éternua si fort que la table s'envola avec les mets et les boissons célestes. C'en fut trop pour l'Empereur du Ciel lui même, qui le chassa de sa demeure.

Gio se construisit donc son propre palais. Puis, comme il se sentait seul dans sa grande maison, il se maria. Peu après, sa femme lui donna un fils qui lui ressemblait trait pour trait : c'était un enfant aussi turbulent et aussi insupportable que son père. Sa mère ne parvenait à en venir à bout ; quand à Gio, il était toujours parti par monts et par vaux. Un jour où ses parent étaient absents de la maison, le petit garçon eu l'idée de jouer avec l'éventail de son père.

Cet éventail magique recelait en lui la force de tous les vents réunis : si on l'agitait très légèrement, un brise légère se mettait à souffler ; mais si l'agitait plus fort, c'était une tempête qui se déchaînait !

Le petit garnement secoua l'éventail de toutes ses forces et déclencha un terrible typhon qui courba les arbres comme des fétus de paille, détruisit les maisons, arracha les toits, enflamma les champs et saccagea les récoltes.

Gio, qui contemplait la terre du haut du ciel, fut saisi d'effroi quand il vit cet épouvantable gâchis. Il devina tout de suite qui en était la cause et rentra chez lui à vive allure." Qui t'a permis de jouer avec mon éventail ? "hurla-t-il." Regarde un peu les désastres que tu as provoqués !
Et il infligea une bonne correction à son fils. Mais dès qu'il eut à nouveau quitté la maison, le garnement recommença à jouer avec l'éventail. Cette fois-ci, le typhon provoqua des inondations gigantesques dans lesquels les hommes moururent par milliers.
Quand l'Empereur du Ciel apprit l'affaire, il entra dans une terrible colère. Il appela Gio et l'informa de sa décision : "ton écervelé de fils doit payer pour ce qu'il a fait. C'est pourquoi je vais le changer en buffle afin qu'il se mette au service des homme et répare les dommages qu'il leur a infligés."

Comme il n'y avait rien à faire contre la volonté du plus puissant des dieux, Gio reprit tristement le chemin de son palais. Depuis ce temps-là, il ne lâche plus son éventail magique. Mais quand, parfois, il repense à son fils et au sort cruel qui lui a été infligé, il se change alors en un ouragan furieux et souffle sur la terre avec une violence dévastatrice.
Par bonheur, ses accès de rage ne durent jamais très longtemps : il se souvient très vite que son fils bien-aimé devra effacer par son travail les ravages du typhon, et il hâte de ranger son éventail.
Set, Génie de la foudre et inséparable acolyte de Gio, avait pour tâche de veiller au respect des lois divines par les hommes, et de punir avec sévérité les contrevenants. Dès que quelqu'un transgressait les ordonnances célestes, c'était une véritable calamité : Set empoignait son gigantesque marteau de feu et descendait en tombe quiconque se trouvait sur son chemin, même les innocents.

Mais comme la balance du Maître du Ciel pèse très justement les bonnes et les mauvais actions, Le Génie de la foudre dut, lui aussi, payer pour ses fautes. Le souverain céleste ordonna à Set d'envoyer son fils Giong sur la terre, afin qu'il sauve le Viêt-Nam lors des heures difficiles.

Mais il s'agit là d'une histoire…



vendredi 1 mars 2013

Contes et légendes : Le conte du buffle

Lors de la création du monde, l'homme était carnivore. De peur que le peuple ne prit l'habitude de tuer les animaux et finisse par devenir mauvais, l'Empereur de Jade décida un jour de lui fournir du riz.
Un génie-mandarin de la cour royale fut envoyé sur terre avec un boisseau de graines de riz et cinq sacs d'herbe, il avait comme consigne de semer d'abord le riz, l'herbe ensuite.

Arrivé très fatigué, ici-bas, le génie oublia les directives de l'Empereur et sema l'herbe en premier lieu. L'herbe poussa si vite, qu'en fort peu de temps, elle recouvrit la terre entière, ne laissant aucune place pour le riz.
Mécontent de son envoyé distrait, l'Empereur de Jade l'exila définitivement dans le bas monde, non sans l'avoir préalablement transformé en buffle.

Depuis, ce génie-buffle doit, en guise de punition, manger toute l'herbe qui se trouve à la surface de la terre.
Tant qu'il n'aura pas rempli sa tâche, il ne pourra se libérer de cette corvée, ni reprendre sa forme initiale. Malheureusement pour lui, l'herbe a toujours poussé, si rapidement qu'il n'a jamais pu arriver au bout de sa peine.

On dit que les buffles d'aujourd'hui sont les descendants de ce génie inattentif, malgré leur ténacité, n'ont pas encore réussi à se dégager de la divine sanction.